02/10/2007

02/10/07 - 20:14

Correspondance.

Monsieur le Président de la République des ponts d'or aux riches, de la croissance qu'on va chercher dans les chiottes et des coups de pieds au cul des fainéants de fonctionnaires,

j'ai bien reçu votre fascicule intitulé "Lettre aux éducateurs", et je vous en remercie.

Cependant, je doute qu'elle me soit adressée, puisque je n'ai pas les compétences d'un éducateur mais plutôt éventuellement celles d'un professeur de l'enseignement secondaire et supérieur - enfin bref, fallait pas, c'est beaucoup de pognon pour pas grand'chose ; mais bon, vous avez voulu marcher dans les pas des impérissables ministres Ferry et Robien, qui nous ont accablés des mêmes indigestes logorrhées, respectivement sous forme d'un petit livre blanc et de bulletins de communication et autres lettres mensuelles dites "flash" pour faire efficace comme dans le privé (vous savez c'que c'est dans l'ammissrassion, on affiche à la machine à café et personne lit, occcupé qu'on est tous à coincer la bulle entre deux baillements d'ennui).

Je n'ai pas lu votre lettre, et vous savez pourquoi ? Parce que je suis d'accord avec vous. Enfin, en partie.

Vous avez sans doute des mots émouvants pour l'illettrisme, une sainte colère contre le laxisme, j'imagine que vous tressez des louanges à nos professions si injustement décriées par les méchants, et que vous ne manquez pas non plus d'insister sur votre volonté de revaloriser les filières professionnelles, les lettres, les sciences humaines, les carrières scientifiques, l'autorité des professeurs, la dignité des personnels du Titanic "Education nationale" ; je sens bien aussi que vous montrez avec habileté et finesse à quel point vous êtes attaché à la réussite de chacun dans une Ecole de la République moderne et rénovée, qui fait sa place aux activités sportives et artistiques, propices, comme on sait, à l'épanouissement du citoyen junior, tout en se recentrant sur les compétences fondamentales nécessaires au fameux "vivre-ensemble"...

Je n'ai qu'à imaginer ces émouvantes pages, ces comparaisons poétiques et audacieuses, cette rhétorique d'énarque peaufinée par quinze conseillers en communication, et ça y est, mes yeux s'embuent de larmes.

Seulement voilà.
Je n'aime pas bien le passage où vous suggérez qu'à l'époque où l'on a cessé de considérer l'élève comme une machine à obéir, on a eu tort d'essayer d'inventer une nouvelle relation d'enseignement ; c'est comme celui où vous parlez de socle commun, voyez : j'ai l'impression que le socle ce sera pour les esclaves, et la statue, comme d'habitude, pour ceux qui ont toujours tout eu ; et puis vous savez, moi, dès qu'on fait appel au champ lexical de la fibre historique et nationale, j'aime pas trop, ça me rappelle des grands discours prononcés par un petit monsieur avec une moustache rectangulaire devant des milliers de gens au garde-à-vous et vêtus de noir.
C'est comme le champ lexical de la vitesse, je comprends pas pourquoi vous l'utilisez : mon métier est un métier de lenteur, de répétition, de reprise, de tolérance, de progressivité - fondamentalement : de patience. Et vous, vous arrêtez pas de dire qu'il faut se dépêcher, j'aime pas qu'on me presse, pas plus dans une lettre qu'à la cantine.

Et puis y aussi ce que vous dites pas, sur les moyens financiers par exemple.
Non parce que je vous explique : moi, je passe mon temps à remplir des rapports de projets d'actions éducatives et culturelles, comme on m'a dit, pour quémander une heure ici, une heure là, en expliquant à chaque fois que je dois faire mon travail avec des élèves, mais en précisant bien que je le ferai pas gratuitement.
C'est curieux ça : on me demande toujours si je veux être payé ; alors moi, forcément, je dis oui, puisque je veux travailler plusse pour gagner plusse. Mais là, on change de tête, et on me dit qu'on peut pas parce qu'on n'a pas de sous, dans un petit bahut rural qu'est ni dangereux, ni ZEP, ni banlieue, où les élèves sont gentils, polis, même qu'ils s'asseoient que quand je leur dis. Alors je comprends pas vraiment, je remballe mes projets (calligraphie, club Grec, atelier d'écriture, partenariat cinéma, etc.) et je vais dans une salle pour faire cours et dans une salle pas chauffée pour une réunion.
Une réunion, c'est là où y a des parents qui m'expliquent que franchement, je pourrais me bouger le cul et faire des trucs pour leurs gamins, quand même. Alors là, comme j'ai retenu ce qu'on m'a dit, je dis qu'il n'y a pas de sous, et qu'on peut rien faire.

Ben vous me croirez ou pas, mais les parents sont en colère contre moi. Vraiment, vous avez raison, depuis Soixante-huit, tout fout l'camp, Monsieur le Président des réductions de fonctionnaires et de la baisse des zimpôts.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la Refondation, mes plus sincères consternations.

commentaires

02/10/07 - 20:24

Puisque le pays est en faillite, mettez les gosses au boulot. Idée (gratuite) : arrêtez de leur faire fabriquer des variateurs d'intensité en cours de techno, c'est ringard et ça ne sert à rien. Faites leur plutôt assembler des téléphones portables ou des ipod. Vendez le fruit de leur travail et soyeux heureux, enfin. C'est pédagogique, économique, valorisant et rappellera le bon vieux temps.

02/10/07 - 21:14

Furt, je vous adore.

02/10/07 - 21:40

Excellent ! Et j'ai beaucoup apprécié votre façon de reproduire les curieuses formes négatives ("vous me croirez pas", par exemple) de notre cher président de la Refondation... ;-)

02/10/07 - 21:45

je n'ai même pas ouvert l'enveloppe ......;-)

02/10/07 - 22:17

c'est fou ça !!! faut toujours que les profs se plaignent...

02/10/07 - 22:19

MDR

11/10/07 - 23:09

Pour le club grec, ce n'est pas grave s'il n'y a pas de sous, il n'y aurait pas eu de membres...

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"Nous vivons à une époque de surmenés sans éducation, à une époque où l'excès de travail rend les gens parfaitement stupides."
(Oscar Wilde)





E tu... Come sei pallida ! E stanca, e muta, e bella.
Pia creatura nata sotto maligna stella.
Fredda come la casta tua vita...
E in cielo assorta.
Desdemona ! Desdemona !



Oh refrigerio ! La marina brezza !
Il mare ! Il mare ! quale in rimirarlo
Di glorie e di sublimi rapimenti
Mi si affaccian ricordi ! Il mar ! Il mar !
Ah perché in suo grembo non trovai la tomba ?

De grâce demeurez...

Ange adorable
Ma main coupable
Profane en osant toucher
La main divine
Dont j'imagine
Que nul n'a droit d'approcher
Voilà je pense
La pénitence
Qu'il convient de m'imposer
C'est que j'efface
L'indigne trace
De ma main par un baiser



Marchez dans mon chemin
Et prêtez-moi
L'appui léger de votre main,
A deux nous aimerons davantage le monde,
Le temps sera plus court, la moisson plus féconde,
Les maux dont geint l'humanité
Ont besoin de la femme et de sa charité
Allons vers l'Idéal
Montons à grands coups d'aile !
Soyez mon épouse fidèle...

Panthéon éphémère ou éternel...

Lol ne faisait-elle pas une fin de son coeur inachevé ?
M. Duras.

La lucidité est la blessure la plus proche du soleil.
R. Char.

Toute la place pour la beauté.
R. Char.


On a mal observé la vie si l’on n’a pas vu aussi la main qui, avec mille ménagements, assassine.
Friedrich Nietzsche,
Par delà bien et mal, aph. 69.

Vous avez des idées à la mode, mais qui sont sans valeur.
Sagan.
Bonjour tristesse


On ne pose que les questions auxquelles on a déjà la réponse. C’est d’ailleurs le principal obstacle à la communication.
Lacan.

« Mais tout de même, quand une tradition est aussi ancienne…
— Eh bien elle meurt de vieillesse, tiens ! »
Romain Bouteille

La connaissance aurait peu d’attraits, s’il ne fallait, sur son chemin, vaincre tant de pudeurs.
Friedrich Nietzsche,
Par delà bien et mal, aph. 65.

Ils se contentaient de si peu, ils avait si peu de colère.
Louis Aragon.

Je répandrai sur les montagnes des morceaux de votre chair,
et je remplirai les collines de vos membres ensanglantés.
J’arroserai la terre de votre sang noir et pourri le long des montagnes,
et les vallées seront remplies de ce qui sera sorti de vous.
Ezéchiel, XXXII, 5-6.

“Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote répondant à la question : “Qui est citoyen ? Est citoyen celui qui est capable de gouverner et d’être gouverné.” Y a-t-il quarante millions de citoyens en France en ce moment ? Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à leur désapprendre à gouverner. Elle vise à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre des options que d’autres leur présentent ou à voter pour elles. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.” (Cornélius Castoriadis, Post-scriptum sur l’insignifiance).

Je dispose de plusieurs chemins que j'aime également et que je choisis tour à tour selon la couleur du ciel ou la couleur de mon âme.
G. Duhamel.

"C'est à l'intérieur de moi-même que le temps s'écoule. F. Mitterrand.
F. Mitterrand.

Il est bon de traiter l'amitié comme les vins et de se méfier des mélanges.
Colette.





"La poésie c'est un truc de pédés, moi je lis Placid et Muzo !" (Le Régent).



Kiri Te Vendredi, Dimanche Kanawa.