18/05/2007

18/05/07 - 23:23

Au sujet du dossier du "Monde" sur l'homophobie et l'homoparentalité.

Petite anecdote, qui restera ici, avec ce billet à connotation militanto-politique, comme parfois dans mes humeurs.

J'ai envoyé ce dossier, indiscrètement, à un aréopage de connaissances amicales et familiales, qu'il me semblait intéressant de renseigner sur le sujet. Parmi eux, des mères de familles de stricte observance hétérosexuelle, mon oncle, également non-homosexuel et néanmoins haut fonctionnaire du Trésor public, mon frère, un des garçons les plus hétéros de la galaxie, et, naturellement, à quelques amis non-hétérosexuels.
Parmi tout ce petit monde, je considère seulement trois contacts réellement militants : lecteurs d'une presse et d'une littérature idoines, spécialisées, membres actifs d'associations, etc.
Je précise enfin que, lorsque j'envoie ainsi des articles, je ne les assortis que très exceptionnellement de commentaires, étant entendu que chacun est libre de forger son opinion après lecture.

Mon adorable G**, militant gay, voire activiste, s'est fendu d'une réponse collective incendiaire, stigmatisant le combat pour l'homoparentalité qui, selon lui, est devenu l'arbre militant qui cache la forêt des autres discriminations que l'on oublie trop commodément, laissant de côté les trans et les, je cite : "intersexuels".

J'ai été extrêmement gêné de cette réponse.

D'une part, en ce qu'elle prend à témoin tout mon petit monde : mais bien mal m'en a pris, je n'ai qu'à avoir la patience de fourrer tout le monde dans la fenêtre "contacts cachés". Je comptais quand même, bien légitimement vous me l'accorderez, sur la politesse et la discrétion de tout mon petit monde.
D'autre part, parce que la virulence du ton et le caractère extrêmement minoritariste du propos m'a semblé contre-productif, compte tenu du public à qui il s'est, de fait, adressé.

Je ne parle pas de l'argument principal, que je trouve très intéressant : réduire les combats contre l'homophobie à la demande d'égalité de droits, et en particulier les droits maritaux et parentaux, me semble, sur certains aspects, dangereux.
L'homosexualité doit pouvoir se vivre dans le célibat et sans enfant, tout aussi tranquillement.
Passer par le droit de la famille, c'est se couler dans ce vieux modèle nauséabond de la bourgeoisie qui ne laisse pas de m'écoeurer, tant il secrète poison et étouffement - pardon pour mon vocabulaire anarcho-marxiste, mais j'ai que çuilà.
Non, ce qui m'a gêné, c'est le jargon (je ne sais toujours pas ce que sont les intersexuels...), la prise à partie tac au tac "voilà LA réponse à ton mail", assène-t-il, comme si je cautionnais la moindre virgule du dossier transmis, comme si seule sa réaction était valable, légitime, et exhaustive.

Confisquer ainsi une "doctrine", une pensée unique sur le sujet, m'a paru d'une rhétorique grossière, se jeter hystériquement sur le sujet m'a semblé terriblement inadapté et dramatiquement contre-productif.
Inadapté, parce qu'à part lui, peu d'autres destinataires sont directement concernés par ce dossier : réagir comme si tout le monde avait en tête Foucault, Eribon, etc., détruit l'effort pédagogique que j'ai fourni. Contreproductif, parce que son jargon relègue sa juste lutte au rang des revendications hystériques dont bon nombre de mes amis n'a absolument rien à foutre.
"L'hétéronormativité" (sic) est une force qui est à l'oeuvre à chaque seconde, je ne le conteste absolument pas ; mais sans que mes amis soient aux commandes d'un grand complot hétéro : leur sauter ainsi à la gorge, à n'en pas douter, les aura fait, au mieux, négliger, au pire, ricaner.

Enfin, pousser des cris d'orfraie au sujet de l'homoparentalité ou des droits maritaux quand dans le monde des gens se font encore tuer pour acte de sodomie me semble confiner, d'une certaine manière, à l'indécence. Bien sûr, il ne s'agit pas de se satisfaire d'un "c'est déjà ça" quand on a grignoté un tout petit droit ; pour autant, monter au créneau avec une telle virulence sans connaître le public que l'on harangue ne me semble pas très malin.

Et voilà, je vais encore passer pour un vieux con.

commentaires

18/05/07 - 23:56

Nous sommes une génération de vieux cons.

19/05/07 - 01:49

Accessoirement, je ne vois pas en quoi, stricto sensu, cette demande mérite d'être jugée si complaisante avec l'ordre actuel "hétéronormé". Si tel était le cas, il n'y aurait pas tant d'arguties de la part de ceux qui refusent l'égalité des droits pour justifier leur position, quand ils savent bien que, précisément, sur le point de l'égalité des droits, cette demande s'impose logiquement, d'autant que le mariage lui-même a cessé d'être l'unique modèle de vie familial. Et d'autre part, ce qui constitue un droit n'entraîne aucune obligation, que l'on sache.
En quoi les puristes qui sont contre cette demande de reconnaissance du mariage gay, et par extension, s'opposent à toutte véritable reconnaissance juridique et sociale de l'homoparentalité montrent la complicité objective de leur pseudo-radicalité jusqu'au boutiste - tel un prurit d'adolescence attardée, avec les versions non moins radicales de l'homophobie. (Complicité déjà notée au moment des débats sur le PACS, où la forme la plus sophistiquée du refus de ce statut passait par une pseudo attitude libertaire - vantant l'homosexualité romantique et esthète à la Genet contre le modèle bêtement petit-bourgeois que serait l'officialisation de certains liens. Voir, en son temps, certains propos tenus par S. Agacinski, par exemple)

19/05/07 - 08:58

Cher Gingember, je n'osais pas employer l'expression d'adolescence attardée, mais je l'ai pensée si fort... :-)

20/05/07 - 00:41

Mon grand âge me le permet, et ma confrontation quasi-quotidienne aux exemplaires rejetons de l'élite m'y conduit si aisément que je ne songerais un seul instant à réfréner mon ire

20/05/07 - 10:22

Merci G. pour en particulier cette phrase "... une pseudo attitude libertaire - vantant l'homosexualité romantique et esthète à la Genet contre le modèle bêtement petit-bourgeois que serait l'officialisation de certains liens".. phrase que je ne peux m'empêcher de rapprocher de celle de F. "...le droit de la famille, ... ce vieux modèle nauséabond de la bourgeoisie qui ne laisse pas de m'écoeurer, tant il secrète poison et étouffement..."

...et je pose la question F.: la liberté n'est-ce pas de savoir avancer en rejetant toute contrainte? y compris les dogmes dits de gauche, voir d'"extrême"-gauche, qui n'en sont pas moins des dogmes, aussi enfermants et donc vomitifs que les dogmes de droite...?
Enfin, je parle pour moi...

20/05/07 - 10:37

Doble : vous coupez mon propos. Contrairement à d'autres, je suis conscient de quelle grille de lecture je suis prisonnier. C'est déjà une liberté supplémentaire, qui d'ailleurs me semble moins illusoire que d'avancer en prétendant s'affranchir de toute contrainte.

20/05/07 - 17:37

Très cher M., vous êtes encore plus sex quand vous vous énervez...j'adore!!!

ps. mais oui que j'avais compris que vous aviez compris...la nature de votre cachot...; mais je souhaitais le lire...c'est fait..;D

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"Nous vivons à une époque de surmenés sans éducation, à une époque où l'excès de travail rend les gens parfaitement stupides."
(Oscar Wilde)





E tu... Come sei pallida ! E stanca, e muta, e bella.
Pia creatura nata sotto maligna stella.
Fredda come la casta tua vita...
E in cielo assorta.
Desdemona ! Desdemona !



Oh refrigerio ! La marina brezza !
Il mare ! Il mare ! quale in rimirarlo
Di glorie e di sublimi rapimenti
Mi si affaccian ricordi ! Il mar ! Il mar !
Ah perché in suo grembo non trovai la tomba ?

De grâce demeurez...

Ange adorable
Ma main coupable
Profane en osant toucher
La main divine
Dont j'imagine
Que nul n'a droit d'approcher
Voilà je pense
La pénitence
Qu'il convient de m'imposer
C'est que j'efface
L'indigne trace
De ma main par un baiser



Marchez dans mon chemin
Et prêtez-moi
L'appui léger de votre main,
A deux nous aimerons davantage le monde,
Le temps sera plus court, la moisson plus féconde,
Les maux dont geint l'humanité
Ont besoin de la femme et de sa charité
Allons vers l'Idéal
Montons à grands coups d'aile !
Soyez mon épouse fidèle...

Panthéon éphémère ou éternel...

Lol ne faisait-elle pas une fin de son coeur inachevé ?
M. Duras.

La lucidité est la blessure la plus proche du soleil.
R. Char.

Toute la place pour la beauté.
R. Char.


On a mal observé la vie si l’on n’a pas vu aussi la main qui, avec mille ménagements, assassine.
Friedrich Nietzsche,
Par delà bien et mal, aph. 69.

Vous avez des idées à la mode, mais qui sont sans valeur.
Sagan.
Bonjour tristesse


On ne pose que les questions auxquelles on a déjà la réponse. C’est d’ailleurs le principal obstacle à la communication.
Lacan.

« Mais tout de même, quand une tradition est aussi ancienne…
— Eh bien elle meurt de vieillesse, tiens ! »
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La connaissance aurait peu d’attraits, s’il ne fallait, sur son chemin, vaincre tant de pudeurs.
Friedrich Nietzsche,
Par delà bien et mal, aph. 65.

Ils se contentaient de si peu, ils avait si peu de colère.
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Je répandrai sur les montagnes des morceaux de votre chair,
et je remplirai les collines de vos membres ensanglantés.
J’arroserai la terre de votre sang noir et pourri le long des montagnes,
et les vallées seront remplies de ce qui sera sorti de vous.
Ezéchiel, XXXII, 5-6.

“Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote répondant à la question : “Qui est citoyen ? Est citoyen celui qui est capable de gouverner et d’être gouverné.” Y a-t-il quarante millions de citoyens en France en ce moment ? Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à leur désapprendre à gouverner. Elle vise à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre des options que d’autres leur présentent ou à voter pour elles. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.” (Cornélius Castoriadis, Post-scriptum sur l’insignifiance).

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